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| Feutrines
ou les dernières souplesses d'Elodie Antoine Machines à coudre cousues sur linges comme des tautologies drapées, canard satiné à la tête goulue et rose, agglomérés de peaux synthétiques qui blousent donnant naissance à des organes inédits. Couronne cramoisie par des tissus portés trop près du corps, petits poumons brunis par des modes surannées, nids des merveilles pour alices acariennes. Larve d'espèce non inventoriée, ver annelé de dentelles, sculptures travesties, culottes anciennes accueillantes comme un home, fraîchement brodées d'utérus redonnant vie à ces reliques, ces peaux mortes, ces désirs embaumés. Bout de papier froissé qui perd la tête, tiraillé par des gouttes d'eau dont il est prisonnier - et une chose même pas unicellulaire jadis inerte s'anime aujourd'hui par la magie d'une vidéographie sans trucages. Ce qui pourrait être les restes appétissants d'un rêve couleur chair, ses morceaux de choix, sont quelques-unes des dernières réflexions manipulables d'Elodie Antoine. Armée de feutres qui se retournent comme des chaussettes contre le regardeur pris à sa propre perversion, qui saignent de la laine, qui évoluent au gré de la main et se reproduisent déguisés en accessoires, chapeaux, bibelots, pièges pour l'il qui s'y assouplit. Qui se caparaçonnent de vides, qui crient au mur en des soupirs rouges, qui s'extasient en des mimiques poilues, des feutres qui se trouent, se trouvent, nous perdent dans leur obsession pileuse. Des choses dont on ne sait que faire et c'est très bien ainsi - c'est là précisément que se joue l'art, dans le refus de la copie d'un monde lui-même copie. (Avez-vous croisé ce schmurtz, la bête de laine, une tête, pas de tronc, deux excroissances dont une qui peut se mettre en bouche à moins qu'il ne s'agisse plus douloureusement d'un il, un machin qui encombre le jour et fait vivre nos nuits.) Le feutre est un emmêlement sans fin de laines, c'est une matière martyre à mesure d'être étouffée, noyée, torturée, c'est du mouton en tranches, une cuisine harassante se nourrissant d'eau et de savon. Un monde créé à partir de presque rien, un frottage schizophrénique, une pratique masturbatoire, une technique qui se laisse vite aller au décor, au joli, au prêt-à-porter si une main sûre dans la répétition n'en détourne l'atavisme. A force de frotter ces matières, Elodie Antoine s'use les mains dans une doucereuse odeur de savons, risquant d'effacer ses empreintes, ses lignes de cur, de tête, voire de vie. Lorsqu'on y songe, ce n'est pas sans danger que l'on pratique l'imaginaire, la sculpture à flanc de granit en deviendrait une réelle promenade de santé.
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